Démarrer de zéro sur un sujet technique

RĂ©cit mĂ©thodologique d’une journĂ©e de recherche

Michka MĂ©lo, bio-ingĂ©nieur, explorateur associĂ© Ă  PiNG sur le programme de recherche-action « Agriculture urbaine et fablabs », raconte sa premiĂšre journĂ©e de recherche sur un nouveau sujet : l’analyse du sol.
L’objectif de cet article est de montrer une mĂ©thode permettant de s’approprier un sujet technique en autonomie, sans prĂ©-requis particulier, et d’inviter les lect.eur/rice.s Ă  en faire de mĂȘme lors d’un atelier de recherche ouverte le 21 avril prochain, au fablab Plateforme C.

DANS LES STARTING-BLOCKS

Il est 8h58. Je suis assis devant l’ordinateur, un thermos de thĂ© Ă  portĂ©e de main. Dans deux minutes, je m’apprĂȘte Ă  relever un des dĂ©fis proposĂ©s par PiNG dans le cadre de notre exploration jointe des croisements entre l’agriculture urbaine et les fablabs.
Quel dĂ©fi ? Évaluer, en une quinzaine d’heures, la faisabilitĂ© d’un kit d’analyse permettant aux agriculteurs et aux jardiniers urbains de connaĂźtre la qualitĂ© de leur sol par eux-mĂȘmes, en s’appuyant si besoin sur l’équipement et l’expertise de la communautĂ© des fablabs.

J’ai dĂ©cidĂ© d’amorcer ce dĂ©fi par une premiĂšre tranche de huit heures, afin d’évaluer rapidement la situation, de glaner quelques premiĂšres informations-clĂ©s, et de garder un peu de temps pour prĂ©parer un atelier de recherche ouverte sur le sujet, qui aura lieu le 21 avril prochain Ă  Plateforme C.

Pour mettre le plus Ă  profit ce temps trĂšs court, j’ai choisi d’utiliser la mĂ©thode Pomodoro, qui prĂ©conise de structurer son travail en sĂ©quences concentrĂ©es et intensives de 25 minutes, suivies de 5 minutes de pause, oĂč il est recommandĂ© de se lever, de bouger un peu, par exemple pour remplir Ă  nouveau le thermos, aller contempler Bruxelles par la fenĂȘtre de l’appartement, ou encore faire un rapide exercice de mĂ©ditation pour rĂ©gĂ©nĂ©rer sa concentration.

Pour éviter tout risque de procrastination, nous synchronisons nos Pomodoros avec Karine, amie lyonnaise qui travaille sur sa thÚse. Nous échangeons donc briÚvement par le chat Skype durant les courtes pauses, que nous nous signalons mutuellement. Nous partageons également nos objectifs en début de chaque Pomodoro, pour garder la pression sur la productivité.

Neuf heures sonnent. Une brĂšve ligne Ă  Karine pour partager avec elle mon premier objectif : lire l’article WikipĂ©dia intitulĂ© “Analyse du sol”, et identifier dans les sources les lectures ultĂ©rieures les plus pertinentes. Et c’est parti.


ON DÉMARRE AVEC WIKIPÉDIA


WikipĂ©dia est une source parfois critiquĂ©e pour son inexactitude, mais elle reste souvent un excellent point de dĂ©part. Un nombre croissant d’articles sont bien rĂ©fĂ©rencĂ©s, et on peut donc, en vĂ©rifiant les sources, savoir si ce qu’on lit est fiable ou pas.
Ce premier article sur l’analyse est trĂšs gĂ©nĂ©rique, et distingue l’analyse de la qualitĂ© agronomique d’un sol de la prĂ©sence d’éventuels polluants.
L’article met en lumiĂšre la complexitĂ© de l’analyse du sol, et me fait rapidement comprendre que nous allons devoir prioriser ce que nous voulons mesurer et pourquoi. J’en profite donc pour mettre de cĂŽtĂ© la qualitĂ© agronomique du sol pour l’instant, la prioritĂ© Ă©tant de donner aux jardiniers et agriculteurs urbains les outils pour ne pas empoisonner leur production, plus que pour en optimiser la croissance.

J’enchaĂźne donc avec un second article de WikipĂ©dia intitulĂ© “Pollution des sols”, listĂ© dans les articles connexes du premier. Celui-ci rentre plus dans le vif du sujet, avec une longue liste de polluants, des rĂ©fĂ©rences Ă  des normes nationales et europĂ©ennes, des institutions, des laboratoires, etc.


TENIR UN “RESEARCH LOG”

Je commence donc Ă  remplir le petit “research log” (disponible ici) que j’ai pris l’habitude d’initier Ă  chaque recherche documentaire. C’est un document trĂšs basique, de type fichier texte, dans lequel je copie-colle les liens hypertextes de pages visitĂ©es avant de prendre mes notes de lecture directement dessous.

J’utilise Ă©galement un systĂšme de balises, entre crochets, grĂące auxquelles je peux retrouver, par la magie du Ctrl + F, un certain type de contenu par la suite.

researchlog_balises

Je commence Ă  marquer d’un [REF] les Ă©lĂ©ments de rĂ©fĂ©rences potentiels, comme par exemple la base de donnĂ©e des sols “BASOL” du ministĂšre de l’écologie, mentionnĂ©e dans l’article.

Un peu plus loin je pose mon premier coup de [<3] pour le Samu de l’environnement, une flotte de laboratoires mobiles rĂ©gionaux qui peuvent se rendre sur un site donnĂ© et quantifier trĂšs rapidement prĂšs de 200 substances dans la nature (Ă  quand une version associative et indĂ©pendante pour suivre de prĂšs nos sites industriels ?).

J’ouvre Ă©galement Ă  cette occasion deux sections en bas de mon “research log”, intitulĂ©es :
– “Lire ensuite”, oĂč je copie-colle le lien vers l’article WikipĂ©dia dĂ©diĂ© au Samu de l’environnement.
– “IdĂ©es”, dans laquelle je vais lister, au fil de la lecture, les idĂ©es qui me viennent par rapport Ă  ce que nous pourrions dĂ©velopper sur ce thĂšme dans le cadre de notre exploration associĂ©e avec PiNG.

researchlog_liens

La fin du premier Pomodoro sonne avant la fin de la lecture de cet article. Je prends donc une courte pause et reprend la lecture Ă  9h30. J’enchaĂźne sur la lecture du court article WikipĂ©dia sur le Samu de l’environnement, et c’est au tout dĂ©but du troisiĂšme Pomodoro que je commence Ă  explorer les liens externes et les rĂ©fĂ©rences issues des articles lus, et collectĂ©s dans ma section “Lire ensuite”.

researchlog_liens

SORTIR DU PORT-WIKIPÉDIA VERS LES MERS D’INTERNET

La visite du site du Samu de l’environnement sera rapide : aucune information ou presque, rien de technique en tout cas. Quelques liens morts dans les rĂ©fĂ©rences de WikipĂ©dia suite Ă  une restructuration du site du ministĂšre de l’écologie me forcent Ă  aller rechercher quelques publications par mots-clĂ© sur un moteur de recherche (j’utilise Startpage, qui s’appuie sur Google en prĂ©servant votre anonymat). Et lĂ  je tombe sur une premiĂšre grosse perle : un volumineux guide mĂ©thodologique du Bureau de Recherche GĂ©ologique et MiniĂšre (BRGM) indiquant comment analyser un sol polluĂ©, disponible intĂ©gralement en PDF.

Ce guide est trĂšs exhaustif, avec de nombreux dĂ©tails sur les mĂ©thodes d’analyses de nombreux polluants. Ce document est enthousiasmant, tant il est riche en informations, mais Ă©galement un peu dĂ©primant : l’analyse du sol se prĂ©figure comme une science trĂšs complexe, dĂ©pendant de nombreux facteurs. Ça ne va pas ĂȘtre une mince affaire de tout bien comprendre, tout bien vulgariser, et enfin simplifier pour rendre les mĂ©thodes abordables techniquement et financiĂšrement Ă  des non-spĂ©cialistes. Il va falloir commencer par quelque chose de plus simple.

Je consacre donc le quatriĂšme Pomodoro Ă  une recherche par mots-clĂ©s pour tenter de trouver des mĂ©thodes nĂ©cessitant moins d’équipement. Je commence avec “dĂ©tecter mĂ©taux lourds bas coĂ»t”, et je trouve quelques petites choses :
– Oligoscan, pour commencer, un spectromĂštre portatif permettant soi-disant (la source que je lis est critique) de quantifier les mĂ©taux lourds prĂ©sents dans l’organisme.
– Je trouve aussi un kit d’indicateurs colorimĂ©triques assez onĂ©reux (quelques centaines d’euros) permettant possiblement de faire la mĂȘme chose.
– Je trouve enfin une machine trĂšs complexe, qui permet de mesurer les mĂ©taux lourds par voltamĂ©trie.
Peu de dĂ©tails sur les techniques sous-jacentes Ă  ces trois objets, je note toutefois les termes “spectromĂ©trie” et “voltamĂ©trie” pour la suite. Mon Pomodoro s’achĂšve, et je dĂ©cide de changer de stratĂ©gie.


VIRAGE DE BORD STRATÉGIQUE

Afin de prioriser quels sont les polluants les plus susceptibles de nous empoisonner, il serait intĂ©ressant de savoir lesquels on retrouve le plus frĂ©quemment dans nos lĂ©gumes. Je me mets donc en quĂȘte, pour ce cinquiĂšme Pomodoro, d’études sur le sujet, Ă  nouveau via une recherche par mots-clĂ©s.

Je tombe alors sur plusieurs articles de mĂ©dias en lignes dĂ©diĂ©s Ă  l’écologie. Ces articles relatent rapidement le rĂ©sultat d’études plus avancĂ©es. Ils peuvent ĂȘtre imprĂ©cis et incomplets, mais ils sont souvent Ă©crits pour le grand public, et peuvent donc facilement nous permettre d’évaluer la pertinence de rentrer ou non dans le dĂ©tails des publications scientifiques qu’ils relatent.

Un premier article de Consoglobe rapporte une volumineuse Ă©tudes faite par l’ANSES sur prĂšs de 20 000 produits alimentaires issus de 1 500 points de vente. Parmi le sous-groupe relevĂ© par Consoglobe au sein des 445 substances nocives identifiĂ©es, on retrouve au final relativement peu de polluants qui semblent venir d’une pollution du sol contaminant des produits agricoles. On voit surtout des produits liĂ©s aux emballages, des produits nocifs apparaissant lors de la transformation des aliments, ou encore des pesticides.

D’autres articles relatent une Ă©tude de l’universitĂ© technique de Berlin (TU Berlin), plus au cƓur de nos prĂ©occupations : elle essaie d’évaluer l’effet de la circulation automobile sur la pollution des lĂ©gumes aux mĂ©taux lourds, effet qui semble non nĂ©gligeable. L’étude semble toutefois contestĂ©e mĂ©thodologiquement par d’autres scientifiques, d’aprĂšs ces mĂȘmes articles qui en parlent.

AprĂšs quatre ou cinq Pomodoros, il est recommandĂ© de faire une pause d’une demi-heure Ă  faire tout autre chose. Je pars donc faire la vaisselle.

PREMIER ARTICLE SCIENTIFIQUE

J’attaque ensuite le sixiĂšme Pomodoro par le lecture de l’étude de TU Berlin, que je trouve grĂące Ă  la rĂ©fĂ©rence mentionnĂ©e dans un des articles qui en parlaient, via le moteur de recherche Google Scholar, spĂ©cialisĂ© dans la recherche de littĂ©rature scientifique. Par chance, il est disponible en libre accĂšs sur le rĂ©seau social de chercheurs Researchgate.

C’est le premier article scientifique que je parcours dans le cadre de ce dĂ©frichage. J’apprends ainsi, dans la section “MatĂ©riel et mĂ©thodes”, que les chercheurs ont utilisĂ© la spectroscopie Ă  absorption atomique pour quantifier les mĂ©taux lourds dans le sol.
Je vois aussi que les auteurs ont citĂ© de nombreuses rĂ©fĂ©rences d’études prĂ©liminaires dans leur introduction.
Dans la section “Discussion”, enfin, ils comparent les rĂ©sultats qu’ils obtiennent Ă  ceux obtenus par d’autres chercheurs, ce qui permet de rĂ©vĂ©ler encore plus (si c’était nĂ©cessaire) Ă  quel point l’interaction sol-plante-polluant est complexe : ça dĂ©pend des lĂ©gumes choisis, des paramĂštres du sol, des polluants prĂ©sents et de leurs Ă©ventuelles interactions entre eux. Les rĂ©sultats des Ă©tudes semblent varier du tout au tout dĂšs qu’un des paramĂštres change, et toutes les Ă©tudes ne suivent pas l’évolution de tous les paramĂštres


Je copie-colle entre guillemets dans mon “research log” des extraits de l’article, comme une citation. Cela me permet de les distinguer de mes notes, et de les citer explicitement si nĂ©cessaire, lorsque je ferais mon rapport de recherche sur le wiki fablabo.net.

CAP SUR LE DIY

Je dĂ©cide de consacrer mon septiĂšme Pomodoro Ă  l’exploration du monde de la spectroscopie “do it yourself”. Je tombe assez rapidement sur le site PublicLab, que je ne connaissais pas, mais qui est trĂšs intĂ©ressant. Il permet de rĂ©pertorier sur une mĂȘme page les Ă©quipements et les expĂ©riences qui ont Ă©tĂ© effectuĂ©es avec cet Ă©quipement. On trouve aussi bien les instructions pour tout faire soi-mĂȘme, que des kits Ă  commander. Enfin, il apparaĂźt trĂšs clairement sur la page quand les expĂ©riences ont Ă©tĂ© rĂ©pliquĂ©es ou non.

Je trouve donc un spectroscope sur PublicLab Ă  bas coĂ»t et Ă  fabriquer soi-mĂȘme, basĂ© entre autres sur une webcam et un DVD-R. Malheureusement, cette trouvaille intĂ©ressante est relativisĂ©e un peu plus tard car il semblerait (d’aprĂšs un cours universitaire sur la spectroscopie) que nous ayons besoin, pour analyser nos mĂ©taux lourds, d’un atomiseur : une machine plus complexe qui transforme nos substances Ă  analyser de maniĂšre Ă  les rendre lisibles par le spectroscope.

(RE)PRISE DE HAUTEUR

Je dĂ©cide donc, pour mon huitiĂšme Pomodoro, de revenir Ă  la question des polluants dans l’alimentation, et de me consacrer Ă  la lecture d’un rapport prometteur trouvĂ© un peu plus tĂŽt lors d’une recherche par mots-clĂ©s. Ce rapport, publiĂ© par Greenloop Ă  destination de l’Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement (IBGE), adresse prĂ©cisĂ©ment la question de “l’incidence de la pollution urbaine sur la production alimentaire en ville”. En plein dans le mille !

Et en effet, je ne suis pas déçu par la lecture. Ce bref rapport – une vingtaine de pages, une grosse trentaine avec les annexes – donne prĂ©cisĂ©ment le type d’informations que je recherchais : les Ă©lĂ©ments pour prioriser les polluants les plus problĂ©matiques, et les stratĂ©gies (y compris les plus simples) Ă  mettre en Ɠuvre pour les neutraliser.

J’apprends ainsi que les deux mĂ©taux lourds les plus problĂ©matiques sont le plomb et le cadmium, ou encore que les mĂ©taux semblent souvent plus problĂ©matiques que les polluants organiques. Le rapport regorge Ă©galement de conseils comme le fait de se mĂ©fier des rĂ©cipients de jardins en zinc galvanisĂ©s (source de cadmium), de la peinture Ă©caillĂ©e (pouvant contenir des polluants organiques ou du plomb), d’éviter de cultiver en bordure immĂ©diate des bĂątiments, etc.

Je dĂ©cide donc de consacrer deux Pomodoros de plus Ă  la lecture complĂšte du rapport, ce qui n’est clairement pas du temps perdu, Ă©tant donnĂ© que c’est un excellent condensĂ© d’informations.

À l’issue de cette lecture instructive, ce sont dĂ©jĂ  dix Pomodoros, soient cinq heures, consacrĂ©s Ă  la recherche. Je dĂ©cide donc de me lancer dans la documentation.

DOCUMENTATION

Je commence donc par crĂ©er une page sur Fablabo, et d’en dĂ©finir la structure.
Pour cela, je reprends mon “research log” depuis le dĂ©but, je refais un point sur le type d’informations trouvĂ©es, et je me mets Ă  la place d’un.e futur chercheur.e souhaitant investiguer sur le sujet. Qu’est-ce qui l’intĂ©resserait ? Comment organiser l’information de façon pertinente pour lui/elle ? En tout cas pas de façon chronologique… Comme vous l’avez vu, la route Ă©tait sinueuse, et je me suis perdu dans quelques voies de garage.

Je décide donc de structurer ma page en quatre grandes parties :
– une premiĂšre mise en contexte, pour que le/la chercheur.e comprenne notre point de dĂ©part, et notre question initiale – entre autres la focalisation sur les polluants au dĂ©triment de la qualitĂ© agronomique du sol ;
– une section sur les polluants, dans le sol et dans l’alimentation ;
– une section sur les mĂ©thodes d’analyses ;
– une section sur les pistes de projets que nous pourrions mettre en Ɠuvre avec PiNG par la suite.

Je commence ensuite Ă  rĂ©diger, le plus succinctement possible et en m’appuyant au maximum sur les rĂ©fĂ©rences. Au fur et Ă  mesure que je pars Ă  la pĂȘche dans mon “research log”, je remarque des Ă©lĂ©ments qui ne rentrent pas dans les cases de la structure initiale. Je la fais donc Ă©voluer, jusqu’à ce qu’elle atteigne sa version actuelle, visible sur la page.

La rĂ©daction est longue. Il se dit en Ă©cole d’ingĂ©nieurs que la documentation correspond en moyenne Ă  50 % du temps de travail. Je n’échapperai pas Ă  la rĂšgle dans ce cas, puisque c’est au final quatre heures de travail qui me permettront, Ă  partir de mes notes, de produire la page Fablabo.

Pourquoi prendre des notes chronologiques brouillonnes, et ne faire une documentation lisible qu’Ă  la fin ?

On peut se poser la question de la pertinence de commencer par prendre des notes chronologiquement, puis de tout rĂ©diger en structurant thĂ©matiquement, ce qui induit un gros travail de transcription entre les notes initiales et la documentation finale. AprĂšs plusieurs essais, c’est toutefois cette mĂ©thode qui me semble la plus efficace en termes de temps.

Tout structurer thĂ©matiquement trop tĂŽt dans le processus de recherche signifie prendre le risque de partir sur une structure inadaptĂ©e au contenu global que nous allons vouloir documenter au final. Cela signifie donc que l’on va ĂȘtre amenĂ© Ă  rĂ©viser la structure (parfois plusieurs fois) au fil de la recherche, ce qui nous fait perdre du temps Ă  tout redistribuer, et Ă  re-rĂ©diger certaines parties en suivant les nouveaux dĂ©coupages thĂ©matiques.

De plus, je trouve trĂšs difficile, sans la hauteur de vue de plusieurs heures de recherche, de savoir quels dĂ©tails mĂ©ritent d’ĂȘtre documentĂ©s ou non. Produire une documentation finale dĂšs le dĂ©part de la recherche tend Ă  mon goĂ»t Ă  produire une documentation beaucoup trop dĂ©taillĂ©e, potentiellement fastidieuse Ă  parcourir, et d’autant plus longue Ă  produire.

Enfin, vouloir faire une documentation structurĂ©e thĂ©matiquement dĂšs le dĂ©part rĂ©duit Ă  mon sens la fluiditĂ© du processus de recherche. Je trouve que la recherche (procĂ©dant par rebonds, nĂ©cessitant de la crĂ©ativitĂ© et de la rĂ©flexivitĂ©) et la rĂ©daction (avant tout de la structuration, et nĂ©cessitant de la clartĂ©) sont deux Ă©tats d’esprits assez distincts, et qu’il est assez fatigant de passer constamment de l’un Ă  l’autre. Je trouve donc plus efficace de distinguer au maximum la phase de recherche de la phase de rĂ©daction.


LA SUITE AVEC VOUS ?

Comme vous l’aurez compris, le dĂ©veloppement d’un kit d’analyse des polluants du sol Ă  destination des jardinier.e.s et agriculteur.rice.s urbain.e.s en est encore Ă  un stade plus qu’embryonnaire. Nous sommes encore, aprĂšs huit heures de travail, en train d’évaluer quels sont les polluants les plus importants Ă  dĂ©pister, et Ă  comprendre quelles mĂ©thodes vont nous permettre de le faire Ă  l’échelle d’un fablab, et sans prĂ©-requis nĂ©cessaire.

C’est pourquoi nous souhaiterions vous inviter Ă  venir apporter, si vous le souhaitez, votre pierre Ă  l’édifice, le 21 avril prochain Ă  Plateforme C, de 9h Ă  18h.

Nous y mÚnerons un atelier de recherche ouverte sur cette question de la détection des polluants du sol par les jardinier.e.s et agriculteur.rice.s urbain.e.s.
Partant de ces quelques premiĂšres heures de recherche, nous explorerons plus avant certaines des pistes de projet listĂ©es dans la page Fablabo, ou d’autres qui pourraient vous venir Ă  l’esprit d’ici lĂ  ou durant l’atelier.
Nous vous proposerons une mĂ©thode de recherche, dont les grands traits sont tracĂ©s dans cet article, et qui, selon nous, permet Ă  tou.te.s, sans prĂ©-requis, d’aborder des questions techniques parfois complexes, en toute autonomie.

Que faire quand on tombe sur des mots et des concepts  compliqués ?
Comment comprendre “la science” si on est non-scientifique ?
Comment simplifier des systĂšmes techniques jusqu’à pouvoir les fabriquer, les rĂ©gler, et les utiliser nous-mĂȘme ?
Cet atelier a pour vocation de vous donner des outils concrets pour aborder ces questions, de vous autonomiser dans le dĂ©veloppement de vos propres outils techniques, et de vous permettre de devenir un.e “expert.e indĂ©pendant.e” sur les thĂ©matiques qui vous tiennent Ă  cƓur.

Soyez donc les bienvenu.e.s le 21 avril prochain Ă  Plateforme C pour contribuer Ă  permettre Ă  tou.te.s de cultiver des aliments sains en ville. Les inscriptions sont par ici !

Un article de Michka Mélo, bio-ingénieur et explorateur-associé de PiNG

 

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